On me présente toujours la question des qualités et des défauts comme un piège tendu par le recruteur. En vingt ans d’entretiens, je n’ai jamais vu personne être écarté à cause de cette question. Ce qui écarte, c’est l’absence de preuve derrière la réponse.
En bref
- Vos qualités se choisissent dans l’annonce, pas dans votre caractère.
- Une qualité sans exemple daté ne pèse rien : c’est la preuve qui est notée, pas l’adjectif.
- Un vrai défaut borné passe toujours mieux qu’un faux défaut déguisé en qualité.
- La question revient sous d’autres formes en fin d’entretien : préparez une seule fois, servez-vous en partout.
Ce que le recruteur note pendant que vous répondez
Il ne note ni votre modestie ni votre aplomb : il remplit une grille. Dans un recrutement un peu cadré, chaque candidat reçoit les mêmes questions et ses réponses sont cotées sur des critères écrits à l’avance, tirés de la fiche de poste. La question des qualités et des défauts alimente deux de ces critères : l’adéquation au poste et la capacité de recul sur son propre travail.
Cette façon de conduire l’entretien n’est pas un caprice de recruteur. Les travaux de Sackett, Zhang, Berry et Lievens publiés dans le Journal of Applied Psychology en 2022 placent l’entretien structuré en tête des méthodes de sélection, avec une validité prédictive d’environ 0,42, contre moins de 0,20 pour l’entretien mené au fil de l’eau. Traduction pour vous : plus l’entretien est cadré, plus vos réponses sont comparées à celles des autres candidats sur les mêmes points, et moins l’improvisation vous sauve.
Deux garde-fous méritent d’être connus. L’article L1221-6 du Code du travail limite les informations demandées à celles qui présentent un lien direct et nécessaire avec le poste, et l’article L1132-1 interdit de fonder une décision sur l’un des 26 critères de discrimination, dont l’âge, l’origine, l’état de santé ou la situation de famille. Si une question sur vos défauts glisse vers votre vie privée, vous êtes en droit de ramener la réponse sur le terrain professionnel.
Vos qualités se choisissent dans l’offre, pas dans votre caractère
Reprenez l’annonce et surlignez les verbes : « gérer un portefeuille », « travailler en autonomie sur plusieurs sites », « former les nouveaux arrivants ». Chaque verbe appelle une qualité, et chaque qualité appelle une histoire. C’est l’exercice que je fais faire en premier, annonce sous les yeux, avant toute mise en situation.
| Ce que dit l’offre | La qualité à annoncer | La preuve à préparer |
|---|---|---|
| « Autonomie sur plusieurs sites » | Organisation | La semaine type que vous aviez construite pour tenir trois sites, et ce qu’elle a évité |
| « Relation client exigeante » | Sang-froid | Un client mécontent précis, ce que vous lui avez dit, comment ça s’est terminé |
| « Former les nouveaux arrivants » | Pédagogie | Le collègue que vous avez accompagné, sur quelle durée, où il en est aujourd’hui |
| « Reporting hebdomadaire » | Rigueur | Le tableau de suivi que vous teniez, sa fréquence, qui le lisait |
Une preuve tient en trois temps : la situation, ce que vous avez fait, le résultat. Trente à quarante secondes suffisent. Au-delà, vous racontez votre vie et l’attention retombe. Et si vous butez sur la preuve, la qualité n’est probablement pas la bonne : changez-en plutôt que de l’enjoliver.
Le défaut : trois familles qui passent, deux qui plombent
Un défaut recevable est un défaut vrai, visible au travail, sur lequel vous avez posé quelque chose. Trois familles fonctionnent en entretien.
- Le trait de fonctionnement : vous allez vite et vous relisez mal, alors vous faites relire les documents qui sortent de votre bureau.
- L’écart de compétence daté : vous n’avez jamais animé de réunion à plus de quinze personnes, et vous dites depuis quand vous vous y entraînez.
- La zone d’inconfort assumée : la négociation de prix ne vous vient pas naturellement, vous avez appris à préparer vos arguments par écrit avant chaque rendez-vous.
Deux familles plombent, en revanche. Les faux défauts d’abord, ces qualités déguisées du type « je suis trop perfectionniste » ou « je m’investis trop » : un recruteur les entend plusieurs fois par semaine et y lit une réponse apprise. Les défauts hors sujet ensuite, du genre « je suis gourmande » ou « je ne suis pas du matin » : ils n’apprennent rien sur votre travail et donnent le sentiment d’une esquive.
Borner, c’est répondre à la question que votre interlocuteur se pose en silence : est-ce que ça va gêner l’équipe ? Vous la coupez en disant ce que vous avez mis en place, depuis quand, et ce que ça donne. Un seul défaut développé vaut mieux que trois défauts énumérés, et j’insiste sur ce point avec les candidats qui veulent trop bien faire. Pour la manière d’aborder ces zones fragiles sans les contourner, j’y consacre un article entier sur la façon de parler de ses points faibles en lettre comme en entretien.
La même question, posée autrement
Elle revient rarement deux fois sous la même forme, et c’est là que les candidats préparés se font surprendre. « Sur quoi votre dernier manager vous a-t-il repris ? », « qu’est-ce qui serait difficile pour un collègue qui travaille avec vous ? », « racontez-moi un échec » : mêmes critères de grille, formulation différente.
Ma consigne est simple : préparez un seul défaut solide et une seule situation d’échec, puis réutilisez-les quelle que soit la tournure employée. Vous gagnez en cohérence, et vous évitez de vous contredire à trois questions d’intervalle. Le reste du questionnement suit d’ailleurs une logique assez prévisible, que je détaille dans mon tour d’horizon des questions que l’on pourrait bien vous poser en entretien.
Ce que je fais répéter la veille
Vingt minutes, pas davantage. Je fais dire les trois qualités à voix haute, avec leur preuve, en chronométrant : au-delà de quarante secondes par preuve, on coupe. Puis le défaut, une seule fois, sans le réciter mot à mot, parce qu’une réponse apprise par cœur s’entend au débit et sonne faux.
Ce que j’observe le plus souvent en préparation, ce n’est pas un manque de qualités. C’est un candidat qui n’ose pas nommer la sienne faute d’exemple sous la main. La veille au soir, tout se joue là : sortir deux ou trois situations concrètes de sa mémoire et les ranger. Le vocabulaire viendra tout seul le jour venu.
Ces conseils sont une méthode de préparation issue de ma pratique, pas une garantie d’embauche : la décision finale appartient au recruteur et dépend d’éléments qui vous échappent, à commencer par les autres candidatures reçues.
Questions fréquentes
Pourquoi les recruteurs demandent-ils vos qualités et vos défauts en entretien ?
Pour alimenter deux critères de leur grille d’évaluation : l’adéquation entre ce que vous savez faire et les exigences du poste, et votre capacité à prendre du recul sur votre propre travail. La question ne cherche pas à vous piéger, elle sert à comparer les candidats sur un même point.
Combien de qualités et de défauts faut-il citer ?
Trois qualités au maximum, chacune avec un exemple précis, et un seul défaut développé. Une énumération plus longue dilue le propos et laisse le recruteur choisir lui-même ce qu’il retient de vous.
Peut-on refuser de répondre à une question sur ses défauts ?
Un refus sec vous dessert, mais vous pouvez recentrer la réponse sur le champ professionnel. L’article L1221-6 du Code du travail limite les informations demandées à celles qui ont un lien direct et nécessaire avec le poste : une question qui dérive vers votre vie privée ou vers l’un des critères protégés par l’article L1132-1 n’a pas à être suivie.
Faut-il donner les mêmes qualités que celles inscrites sur son CV ?
Oui, la cohérence entre le dossier et l’oral est un point de vigilance classique côté recruteur. L’entretien vous permet en revanche d’ajouter ce que le CV ne contient pas : le contexte, la difficulté rencontrée et le résultat obtenu.
Et pour le reste de l’entretien ?
Les qualités et les défauts ne sont qu’un moment de l’échange. Le reste se prépare avec la même logique de preuve.


