Il y a une phrase que je retrouve encore chaque semaine dans les lettres qu’on me fait relire : « malgré mon manque d’expérience dans ce domaine ». Personne ne l’a demandée. Elle est là parce que le candidat croit devoir désamorcer ses points faibles avant qu’on les trouve. C’est l’inverse qu’il faut faire, et pas de la même manière selon qu’on écrit ou qu’on parle.
En bref
- Aucune phrase d’excuse dans la lettre : « malgré », « bien que », « je n’ai certes pas » signalent une faiblesse que personne n’avait relevée.
- La lettre reste demandée par la moitié des entreprises pour les postes de cadres, et par 62 % dans les services (Apec, mai 2026) : elle se travaille encore.
- Le défaut recyclé en qualité, perfectionnisme en tête, ne trompe plus personne côté recruteur.
- Un écart de compétence se traite avec un plan daté ; un trait de fonctionnement se traite avec un cadre de travail. Ce ne sont pas les mêmes réponses.
Dans la lettre, il n’y a rien à esquiver
Une lettre de motivation ne comporte pas de rubrique « points faibles », donc rien à contourner : le sujet n’a simplement pas à y figurer. Le document sert à établir le lien entre ce que vous avez déjà fait et ce que l’entreprise cherche, sur une page au maximum. Chaque ligne consacrée à ce qui vous manque est une ligne en moins pour ce qui vous qualifie.
Le document garde son poids, contrairement à ce qu’on entend. D’après l’étude Apec Pratiques de recrutement de cadres publiée en mai 2026, la moitié des entreprises ont demandé au moins une fois une lettre de motivation en 2025, contre près de 70 % jusqu’en 2021. La demande s’est stabilisée depuis trois ans, avec un écart sectoriel net : 62 % dans les services, 40 % dans le commerce. Quand elle est demandée, elle est lue.
Les trois amorces qui plantent le décor à votre place
« Malgré », « bien que », « je n’ai certes pas » : ces trois amorces introduisent une réserve que le lecteur n’avait pas formulée. Le recruteur qui lit « malgré mon manque d’expérience en gestion de projet » ne retient pas la fin de la phrase, il retient manque d’expérience en gestion de projet. La formule censée protéger fabrique l’objection.
Ce qu’on écrit à la place n’est pas une bravade, c’est le point le plus proche que vous maîtrisez vraiment, avec sa preuve. Pas de gestion de projet formelle au compteur, mais dix-huit mois de coordination d’un planning à quatre intervenants ? C’est cette phrase-là qui a sa place dans la lettre. Elle dit la même chose, sans se disqualifier.
En entretien, l’esquive s’entend avant la réponse
La question des défauts revient dans la grande majorité des entretiens que je fais passer, et le silence de trois secondes qui la suit se remarque autant que la réponse. Un candidat qui cherche visiblement une porte de sortie signale surtout qu’il n’a pas préparé le seul moment de l’échange où on lui demande de la lucidité.
Le filtre s’est même déplacé en amont. Toujours selon l’Apec, l’entretien de présélection téléphonique est désormais pratiqué par 71 % des entreprises et remplace progressivement la lettre comme premier tri. Autrement dit, la question peut arriver dès un appel de vingt minutes, sans que vous ayez eu le temps de vous installer dans l’échange.
| Ce que le candidat dit | Ce que j’entends de mon côté du bureau | Ce qui aurait mieux marché |
|---|---|---|
| « Je suis perfectionniste. » | La question n’a pas été préparée. | « Je rendais mes dossiers tard à force de les relire. Depuis un an je me fixe une heure limite et j’envoie. » |
| « Je ne vois pas de point faible. » | Soit il ne se connaît pas, soit il ne me dira rien de vrai sur le reste non plus. | Un écart précis, choisi parmi ceux qui ne touchent pas au cœur du poste. |
| « Je m’implique trop, c’est mon défaut. » | Une qualité déguisée, donc une réponse apprise. | Un vrai trait de fonctionnement, avec le cadre qui le tient. |
| « Je suis nul avec les chiffres. » | Il vient de se disqualifier lui-même, en plus large que nécessaire. | « Je ne construis pas un budget seul. Je lis et je commente celui qu’on me transmet. » |
Deux natures de points faibles, deux réponses différentes
Tout ce qu’on range sous « points faibles » ne relève pas du même traitement. Je sépare systématiquement deux catégories en préparation d’entretien, parce qu’elles n’appellent ni le même vocabulaire ni la même preuve.
L’écart de compétence : nommer, borner, dater
Un écart de compétence est un savoir-faire que le poste réclame et que vous n’avez pas encore. Il se traite en trois temps : le nommer sans l’élargir (un logiciel précis, pas « l’informatique »), le borner (ce que vous savez faire autour), et dire où vous en êtes concrètement dans son acquisition, avec une date. « J’ai commencé un module de dix heures fin juin, j’en suis à la moitié » vaut mieux que toute promesse d’adaptation rapide.
Le trait de fonctionnement : montrer le garde-fou
Un trait de fonctionnement ne s’apprend pas, il se cadre. Quelqu’un qui déteste le téléphone ne va pas se transformer, mais il peut expliquer comment il s’organise pour que ça ne pénalise personne. La réponse attendue n’est pas une promesse de changement, c’est la description du garde-fou déjà en place : un créneau bloqué, une relecture croisée, une liste de rappel. C’est ce garde-fou qui rassure, pas le trait lui-même.
Ce qui ne se raconte pas, et ce qui ne s’invente pas
Deux limites encadrent tout ce qui précède, et elles ne sont pas de l’ordre du conseil. La première : l’esquive n’autorise pas le mensonge. L’article L1221-6 du Code du travail prévoit que les informations demandées à un candidat ne peuvent servir qu’à apprécier sa capacité à occuper l’emploi, et que celui-ci y répond de bonne foi. Passer sous silence un défaut sans rapport avec le poste ne pose aucun problème ; transformer une compétence absente en compétence acquise vous place sur un autre terrain, développé dans ce qui se joue vraiment quand on ment sur ses compétences dans une candidature.
La seconde limite tient à ce qui n’est pas un point faible. Une situation de famille, un âge, une origine, une apparence physique ne relèvent pas de cette conversation : ce sont des critères de discrimination prohibés par l’article L1132-1 du Code du travail, dans sa version en vigueur depuis le 1er septembre 2022. Vous n’avez ni à les présenter comme des faiblesses, ni à les justifier, et un recruteur n’a pas à en faire un sujet.
Trois situations qui reviennent en préparation
J’ai un trou de dix mois dans mon parcours, je le mentionne ?
Oui, mais dans le CV, sous forme de période datée avec un intitulé neutre, pas dans la lettre. Un intervalle non expliqué devient une question ; un intervalle nommé devient une ligne parmi d’autres. Vous n’avez aucune obligation de détailler un motif personnel.
Je me suis fait licencier, est-ce que c’est un point faible ?
Non, c’est un fait de parcours. Il se raconte en une phrase factuelle, au passé, sans mise en cause de l’ancien employeur. Ce que j’écoute dans cette réponse, ce n’est pas la raison du départ, c’est le ton : un candidat encore en colère me montre ce qu’il dira de nous dans deux ans.
Je viens d’un autre métier, tout est point faible
Non, et c’est la reformulation la plus utile à faire avant l’entretien. Une reconversion se présente en compétences transférables, pas en manques accumulés. La bonne préparation consiste à lister ce qui se transporte d’un métier à l’autre, puis à ne garder qu’un seul écart réel à évoquer si la question vient.
La question des défauts n’est qu’un des pièges de la candidature
Avant même l’entretien, c’est souvent la lettre qui se saborde toute seule, sur des réflexes que personne n’a jamais corrigés.
Les erreurs à éviter absolument dans votre lettre de motivation
Publié le 19 septembre 2022, mis à jour le 13 août 2026. Les exemples cités viennent de ma pratique de cabinet et sont anonymisés. Cet article donne une information générale et ne constitue pas un conseil juridique individualisé.
Sources : Apec, « Pratiques de recrutement de cadres », mai 2026 ; Code du travail, art. L1221-6 (informations demandées au candidat) et L1132-1 (critères de discrimination, version en vigueur depuis le 1er septembre 2022).
