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Recrutement & enseignement

« Anglais indispensable » figurait dans l’annonce, l’entretien est décroché, et la panique arrive d’un coup : et si tout se passait en anglais ? C’est l’une des inquiétudes qui reviennent le plus souvent dans mon cabinet, et elle repose presque toujours sur une mauvaise idée de ce que le recruteur cherche à mesurer.

La réponse courte : un recruteur qui bascule en anglais ne note pas votre grammaire, il vérifie que vous tiendrez une réunion de travail dans cette langue. Ce qui convainc, c’est un niveau annoncé honnêtement sur le CV, un vocabulaire métier révisé, des phrases courtes et deux ou trois exemples concrets préparés à l’avance. Un candidat qui reformule lentement mais clairement passe mieux qu’un candidat qui récite un discours appris.

En bref

  • Annoncez votre niveau réel : le mensonge se découvre dans les deux premières minutes.
  • Le CECRL donne six niveaux, de A1 à C2 : utilisez-les plutôt que « courant » ou « notions ».
  • Révisez le vocabulaire de votre métier avant le vocabulaire général.
  • La langue ne peut pas servir de critère de tri si elle n’est pas nécessaire au poste.

Ce que le recruteur teste vraiment quand il passe à l’anglais

Il ne teste pas votre accent. Il vérifie une chose précise : serez-vous capable de comprendre une consigne, d’exposer un problème et de répondre à une question dans cette langue, sans que l’équipe doive tout traduire derrière vous. C’est un critère opérationnel, pas un examen scolaire.

Ce moment arrive souvent plus tôt qu’on ne l’imagine. Selon l’étude Apec sur les pratiques de recrutement de cadres publiée le 21 mai 2026, 71 % des entreprises pratiquent une présélection téléphonique avant l’entretien proprement dit. Sur un poste à dimension internationale, c’est fréquemment là que les premières questions en anglais tombent, sans prévenir, dans un format court où l’on n’a pas le temps de réfléchir.

Annoncer son vrai niveau, et l’écrire correctement

Le premier conseil que je donne n’a rien à voir avec l’entretien : il concerne le CV. Écrire « anglais courant » quand on ne l’est pas ne fait pas gagner un entretien, ça fait perdre celui qu’on avait déjà. Le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL) propose six niveaux, de A1 à C2, avec une grille d’auto-évaluation publiée par le Conseil de l’Europe et reprise par Europass, qui distingue cinq activités : comprendre à l’oral, comprendre à l’écrit, prendre part à une conversation, s’exprimer oralement en continu, écrire.

Cette grille sert aussi à se rassurer. Elle montre qu’un B1 assumé reste un niveau utile, et qu’il n’y a pas d’un côté les bilingues et de l’autre les nuls.

Niveau CECRL Ce que vous pouvez réellement faire en entretien Ce qu’il vaut mieux annoncer
A2 Comprendre des questions simples, se présenter, donner des informations factuelles « Anglais A2, en cours de progression »
B1 Raconter son parcours, expliquer une mission, poser des questions de clarification « Anglais B1, usage professionnel ponctuel »
B2 Participer à une réunion, argumenter, défendre un choix technique « Anglais B2, réunions et échanges clients »
C1 Négocier, animer, gérer un imprévu sans préparation « Anglais C1, langue de travail »

Ce que dit la loi quand la langue devient un critère de tri

Un point que presque personne ne connaît, et que je tiens à rappeler à chaque fois. L’article L1132-1 du Code du travail, dans sa version en vigueur depuis le 1er septembre 2022, liste les critères sur lesquels une candidature ne peut pas être écartée. La capacité à s’exprimer dans une langue autre que le français y figure explicitement, au même titre que l’origine, l’âge ou l’apparence physique.

Concrètement, un employeur peut légitimement exiger un bon niveau d’anglais quand le poste le suppose : l’article L1221-6 précise que les informations demandées à un candidat doivent avoir un lien direct et nécessaire avec l’emploi proposé. En revanche, écarter quelqu’un sur son accent ou sur sa maîtrise d’une langue dont le poste n’a pas l’usage n’a aucune base légale. Savoir cela ne change rien à votre préparation, mais ça change beaucoup à la façon d’aborder l’échange.

Un recruteur pardonne une hésitation, jamais un niveau annoncé plus haut que la réalité.

Préparer en trois passes, dans cet ordre

  1. Le vocabulaire de votre métier d’abord. Les termes techniques de votre secteur, les intitulés de vos anciens postes, les noms de vos outils. C’est ce qui revient dans 80 % de l’échange, et c’est le plus rentable à réviser.
  2. Trois réponses écrites, puis dites à voix haute. Votre parcours en une minute, la raison de votre candidature, un exemple de situation professionnelle résolue. Écrivez-les en anglais, relisez-les, puis oubliez le texte : l’objectif est d’avoir les mots disponibles, pas de réciter.
  3. L’oreille en dernier. Documentaires, podcasts métier ou réunions en version originale, quinze minutes par jour. Comprendre reste plus difficile que parler, et c’est ce qui bloque le plus souvent en situation réelle.

Si le poste vise l’étranger, cette préparation s’articule avec une adaptation du dossier de candidature. France Travail insiste sur ce point dans sa fiche consacrée au CV en anglais : il ne s’agit pas de traduire son CV français, mais de le refaire selon les usages du pays visé, un à deux pages au Royaume-Uni et aux États-Unis, sans photo, sans date de naissance ni situation de famille côté nord-américain.

Les quatre pièges qui trahissent le plus vite

  • « Actually » ne veut pas dire « actuellement » mais « en fait ». Pour « actuellement », dites currently.
  • « Motivation letter » n’existe pas. Le terme est cover letter, partout.
  • La traduction mot à mot des tournures françaises. Une phrase pensée en français puis traduite sonne bancale : construisez court, sujet, verbe, complément.
  • Le silence gêné. Personne ne vous en voudra de demander could you rephrase that, please? Un recruteur reformule volontiers, et la demande prouve que vous suivez.

Pour le reste, les critères d’appréciation d’une candidature ne changent pas avec la langue. Les mêmes éléments comptent quand on postule à un stage, et je les détaille dans les critères de sélection d’un stage en entreprise.

Questions fréquentes

Faut-il passer une certification avant de postuler ?

Ce n’est utile que si l’annonce la réclame ou si vous visez un poste à l’étranger. Dans la plupart des cas, une auto-évaluation honnête sur l’échelle CECRL suffit à cadrer la discussion, et le recruteur se fera son propre avis en trois minutes de conversation.

Que répondre si le recruteur bascule en anglais sans prévenir ?

Acceptez, et prévenez en une phrase : I’m more comfortable in French, but let’s do it in English. Annoncer la contrainte désamorce le jugement et vous fait gagner en indulgence sur les hésitations qui suivront.

Mieux vaut-il un anglais approximatif ou un silence prudent ?

Un anglais approximatif, sans hésiter. Le recruteur évalue une capacité à communiquer, pas une performance linguistique. Un candidat qui se tait laisse une case vide dans la grille d’évaluation, et une case vide se traduit rarement en avis favorable.

Ce qui fait la différence, dans mon expérience, tient moins à la maîtrise de la langue qu’à la façon de gérer le moment où l’on ne trouve pas le mot. Un candidat qui reformule, sourit et repart tranquillement montre exactement ce que cherche l’employeur : quelqu’un qui ne se bloque pas devant une difficulté.

Ces conseils reposent sur ma pratique du recrutement et ne garantissent aucun résultat d’embauche. Sources : Apec, « Pratiques de recrutement de cadres », publiée le 21 mai 2026 ; France Travail, « Le CV en anglais, étape par étape » ; Conseil de l’Europe, grille d’auto-évaluation du CECRL reprise par Europass ; Code du travail, articles L1132-1 et L1221-6. Article publié initialement en 2015, entièrement réécrit le 21 août 2026.

Le poste est à l’étranger, pas seulement en anglais ?

Postuler hors de France demande d’adapter le dossier, le format du CV et la façon de se présenter. C’est un exercice à part entière.

Lire mes conseils pour se faire recruter à l’étranger

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