Personne ne se sent menteur en écrivant « anglais courant ». C’est exactement le problème : le mensonge sur les compétences ne commence presque jamais par une décision de mentir, il commence par un arrondi qu’on trouve raisonnable un dimanche soir, la veille d’un envoi.
En bref
- Les niveaux de langue s’écrivent avec l’échelle européenne (A1 à C2), pas avec des adjectifs.
- Un logiciel se déclare par les tâches réellement effectuées avec lui, jamais par un pourcentage ou une jauge.
- Une compétence en cours d’acquisition se mentionne, à condition d’être nommée comme telle.
- Le droit ne sanctionne pas l’imprécision, il sanctionne la manœuvre qui a déterminé l’embauche.
Où commence réellement le mensonge
La ligne de partage n’est pas entre la vérité et l’exagération, elle est entre l’imprécision et la manœuvre. Les tribunaux le disent depuis longtemps : l’annulation d’un contrat de travail pour dol suppose que l’employeur démontre que les déclarations du candidat ont été déterminantes dans la décision d’embauche. Dans un arrêt du 16 février 1999 (Cour de cassation, chambre sociale, n° 96-45.565), un salarié avait présenté comme une fonction d’assistance ce qui était en réalité un stage de formation de quatre mois : la mention a été jugée imprécise et susceptible d’une interprétation erronée, mais pas constitutive d’une manœuvre dolosive.
Le terrain change complètement dès qu’un document entre en jeu. Produire un faux diplôme ou une fausse attestation relève du faux prévu par l’article 441-1 du Code pénal, puni de trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende. Entre les deux, il y a l’immense zone grise des niveaux déclarés, celle qui ne finit jamais devant un juge mais qui coûte des semaines d’essai désastreuses. Cette frontière entre se valoriser et se travestir, je l’ai traitée en détail dans mon article sur le fait de se faire passer pour quelqu’un d’autre dans sa candidature.
L’échelle qui remplace l’auto-évaluation
Remplacez chaque adjectif d’auto-évaluation par une référence extérieure ou par un usage daté. C’est le seul moyen d’écrire quelque chose de solide sans avoir à trancher entre modestie et bluff.
| Ce qu’on écrit spontanément | Ce que ça vaut pour le recruteur | La version vérifiable |
|---|---|---|
| Anglais courant | Rien, l’expression n’a pas de définition partagée | Anglais B2, réunions clients en anglais pendant 3 ans |
| Excel : niveau expert | Un doute, qui sera testé | Excel : tableaux croisés dynamiques et recherchev, suivi budgétaire mensuel de 12 services |
| Maîtrise du management d’équipe | Une affirmation sans périmètre | Encadrement de 6 personnes, recrutement et entretiens annuels compris |
| Bonnes bases en comptabilité | Formule floue, souvent lue comme un aveu | Saisie des factures et lettrage sur Sage, sous supervision du cabinet |
Pour les langues, l’échelle existe et elle est gratuite : le Cadre européen commun de référence pour les langues décrit six niveaux, de A1 à C2, avec une grille d’auto-évaluation publiée par Europass qui détaille ce qu’on sait faire à chaque palier en compréhension et en expression. Se situer dessus prend dix minutes et remplace définitivement les « notions » et les « courant ». Si vous avez passé un test reconnu, ajoutez le score et l’année, un résultat de 2016 ne dit pas la même chose qu’un résultat de l’an dernier.
Les trois formulations honnêtes pour une compétence en construction
Une compétence partielle se déclare, à condition d’être nommée pour ce qu’elle est. Ces trois tournures fonctionnent en entretien parce qu’elles annoncent le niveau avant que le recruteur ait à le chercher.
- L’usage encadré : « pratiqué sur deux campagnes, avec relecture d’un collègue expérimenté ». Vous dites ce que vous avez fait et dans quelles conditions.
- La formation en cours : « formation en cours, module 2 sur 4 terminé ». La date d’achèvement prévue vaut mieux qu’un futur vague.
- La montée en compétence assumée : « je n’ai pas encore utilisé cet outil, j’ai appris le précédent en trois semaines dans les mêmes conditions ». C’est la réponse la plus efficace face à une exigence de l’annonce que vous ne remplissez pas.
Ce qui se passe de l’autre côté du bureau
Un niveau déclaré finit presque toujours par être vérifié, et rarement par une question directe. Dans ma pratique, la vérification passe par trois canaux : une mise en situation courte pendant l’entretien, un test technique quand le poste s’y prête, et la prise de références auprès d’un ancien employeur avec votre accord. Aucun de ces trois canaux ne cherche à vous piéger, tous font apparaître un écart de niveau en quelques minutes.
Le cas le plus fréquent n’est même pas l’échec du test. C’est le candidat recruté sur un niveau qu’il n’a pas, qui passe sa période d’essai à compenser, à cacher, à retarder les tâches qu’il ne sait pas faire. Le poste devient un mauvais souvenir pour tout le monde, alors qu’un aveu de départ aurait souvent été accepté : quand une entreprise recrute dans un marché tendu, elle sait qu’elle formera.
Deux cas où la frontière est vraiment floue
« Anglais courant » quand on n’a pas pratiqué depuis cinq ans
Le niveau ne disparaît pas, il s’endort, et c’est cela qu’il faut écrire. « Anglais B2, non pratiqué depuis 2021 » est une phrase honnête, immédiatement compréhensible, qui vous évite de vous retrouver en visioconférence avec un interlocuteur londonien sans préparation. Beaucoup de recruteurs préfèrent cette formulation à un « courant » qui les oblige à tester.
Un logiciel utilisé deux fois lors d’un stage
Il se mentionne dans une rubrique séparée, jamais dans la liste des compétences principales. Une ligne « environnements côtoyés » ou « outils utilisés ponctuellement » règle la question sans rien travestir. Ce qui se retourne contre vous, ce n’est pas d’avoir peu pratiqué, c’est de laisser croire le contraire par un simple effet de mise en page.
Valoriser sans forcer, c’est un travail de traduction
La plupart des candidats n’ont pas besoin d’exagérer : ils ont besoin de reconnaître ce qui, dans leur parcours, se transpose au poste visé.
Publié le 18 novembre 2022, mis à jour le 12 août 2026. Cet article donne une information générale et ne constitue pas un conseil juridique individuel ; il ne garantit aucun résultat de candidature.
Sources : Cour de cassation, chambre sociale, 16 février 1999, n° 96-45.565 ; Code pénal, article 441-1 ; Cadre européen commun de référence pour les langues, grille d’auto-évaluation A1 à C2 publiée par Europass ; Code du travail, article L1221-6 (lien direct et nécessaire des informations demandées avec l’emploi).
