Quand j’ai installé mon cabinet, la première question qu’on m’a posée n’était pas « quelle alarme prendre » mais « où vont dormir les dossiers de vos candidats ». Elle m’a fait comprendre que sécuriser des locaux professionnels commence rarement par un achat de matériel. Ça commence par une liste de ce qu’on a réellement à protéger, et par ce que la loi autorise à mettre en place.
En bref
- Hiérarchisez : caisse, stock, clés, matériel et dossiers ne se protègent pas de la même façon.
- Vidéosurveillance : entrées, issues de secours et voies de circulation, oui. Postes de travail, salles de pause, vestiaires et toilettes, non. Images conservées un mois au maximum.
- Le CSE doit être informé et consulté avant la mise en œuvre du dispositif (Code du travail, article L2312-38).
- Prestataire de sécurité : autorisation d’exercer de l’entreprise et carte professionnelle des agents, délivrées par le CNAPS.
Commencez par la liste, pas par le devis
Un vol dans une petite structure porte rarement sur ce qu’on imagine. Chez un commerçant, c’est la recette de la journée et le stock à forte valeur unitaire. Chez un artisan, c’est l’outillage dans le véhicule. Chez moi, ce serait un ordinateur portable contenant des centaines de CV, ce qui n’aurait rien d’un simple sinistre matériel.
Prenez donc une feuille et notez trois colonnes : ce qui a de la valeur, où ça se trouve la nuit, et qui y a accès. La plupart des devis de sécurité que j’ai vus passer proposaient un dispositif conçu pour un bâtiment, pas pour ce tableau-là. Le tri des accès coûte zéro euro et règle souvent le tiers du problème : combien de personnes ont un jeu de clés, et depuis combien de temps la liste n’a-t-elle pas été mise à jour après un départ ?
Vidéosurveillance : ce que vous avez le droit de filmer
La CNIL est explicite sur le périmètre autorisé dans un lieu de travail. Les caméras peuvent couvrir les entrées et sorties du bâtiment, les issues de secours, les voies de circulation et les zones où sont entreposées des marchandises de valeur. Elles ne doivent pas filmer les salariés à leur poste, sauf circonstance particulière comme le maniement d’argent, et encore : dans ce cas la caméra doit cadrer la caisse plutôt que la personne qui la tient.
Quatre endroits sont exclus sans discussion : les salles de pause, les vestiaires, les douches et les toilettes, auxquels s’ajoutent les locaux syndicaux. Les images ne se conservent pas au-delà d’un mois, et la CNIL rappelle que quelques jours suffisent en pratique pour traiter un incident.

Avoir des locaux safe et une entreprise en sécurité est primordial
Les deux formalités qu’on oublie
La première est l’information des personnes : un panneau permanent et visible doit indiquer la finalité du dispositif, la durée de conservation, les coordonnées du responsable, les droits des personnes filmées et la possibilité de saisir la CNIL. Côté salariés, l’article L1222-4 du Code du travail pose la règle générale : aucune information concernant personnellement un salarié ne peut être collectée par un dispositif qui ne lui a pas été porté préalablement à sa connaissance.
La seconde est la consultation des représentants du personnel. L’article L2312-38 impose que le CSE soit informé et consulté avant la décision de mettre en œuvre des moyens ou techniques permettant un contrôle de l’activité des salariés, ce qui inclut la vidéosurveillance. Enfin, si vos caméras filment un lieu ouvert au public, le dispositif doit être autorisé par le préfet du département. Pour une réserve ou une zone réservée au personnel, aucune formalité de ce type n’est demandée.
Faire appel à un prestataire : les trois pièces à demander
La sécurité privée est une profession réglementée, contrôlée par le CNAPS, le Conseil national des activités privées de sécurité. Avant de signer, demandez trois choses, et méfiez-vous si l’on tarde à vous les fournir.
- L’autorisation d’exercer de l’entreprise. Depuis 2024, une demande distincte est nécessaire par activité : surveillance humaine, vidéoprotection, transport de fonds, protection physique des personnes ne se cumulent pas automatiquement.
- L’agrément du dirigeant, distinct de l’autorisation de la société et exigé avant tout démarrage d’activité.
- La carte professionnelle des agents qui interviendront chez vous. Elle est dématérialisée, porte un numéro unique et vaut cinq ans.
Un point mérite d’être connu avant de rédiger vos consignes : les palpations de sécurité ne sont pas à la libre disposition de l’agent. L’article L613-2 du code de la sécurité intérieure les réserve aux cas de menaces graves ou de périmètre de protection constatés par arrêté préfectoral, par un agent spécialement habilité et agréé, avec le consentement exprès de la personne et par quelqu’un du même sexe. L’inspection visuelle des bagages et la fouille avec accord du propriétaire, elles, relèvent du régime courant.
Le coffre, l’assurance et les dossiers
Le coffre-fort garde sa raison d’être pour la recette et les doubles de clés, à condition de choisir un modèle scellé et de ne pas partager la combinaison au-delà du strict nécessaire. C’est une mesure d’organisation autant que de matériel.
Sur l’assurance, un seul conseil qui vaut mieux que dix : lisez la partie « conditions de garantie » avant la partie « montants ». C’est là que figurent les moyens de protection que l’assureur exige en contrepartie, le niveau de fermeture attendu et les plafonds par nature de bien. Comparer deux contrats sur la seule cotisation revient à comparer deux offres qui ne couvrent pas la même chose.
Reste ce à quoi on pense en dernier alors que c’est souvent le plus sensible : les documents. Si vous recevez des candidatures, vous détenez des données personnelles. Le référentiel publié par la CNIL en avril 2026 sur les durées de conservation en gestion des ressources humaines retient deux ans à compter du dernier contact pour un candidat non retenu. Au-delà, il faut son accord ou une suppression. J’insiste d’autant plus que la CNIL a inscrit le recrutement parmi ses priorités de contrôle pour 2026.
| Ce que vous protégez | Mesure adaptée | Contrainte à vérifier |
|---|---|---|
| Recette, doubles de clés | Coffre scellé, dépôt bancaire régulier | Exigences du contrat d’assurance |
| Accès au bâtiment | Caméras aux entrées et issues de secours | Information des salariés, consultation du CSE |
| Zone ouverte au public | Dispositif de vidéoprotection | Autorisation du préfet |
| Présence humaine | Agent de sécurité privée | Autorisation CNAPS et carte professionnelle |
| Dossiers de candidature | Rangement fermé, accès nominatif | Deux ans après le dernier contact |
Deux questions qui reviennent chez les commerçants
Une caméra factice a-t-elle un intérêt ?
Elle ne collecte aucune image, donc elle échappe aux formalités liées aux données. Elle ne prouve rien non plus le jour où il se passe quelque chose, et elle ne dispense pas d’informer les salariés si elle est présentée comme réelle. Je la vois surtout comme un pis-aller quand le budget n’existe pas.
Peut-on utiliser un enregistrement pour sanctionner un salarié ?
Seulement si le dispositif était licite au départ : finalité annoncée, salarié informé, CSE consulté. C’est précisément l’ordre des opérations que les petites structures inversent, en installant d’abord et en régularisant ensuite. Découvrez également nos conseils sur la sécurité des données d’entreprise, qui prolongent ce volet documentaire.
Vous envisagez de recruter un agent plutôt qu’un prestataire ?
Avant de rédiger l’offre, regardez à quoi ressemble réellement le métier, ses obligations de formation et ses limites juridiques.
Sources citées : CNIL, « La vidéosurveillance et vidéoprotection au travail » et référentiel sur les durées de conservation en gestion des ressources humaines (avril 2026) ; Code du travail, articles L1222-4 et L2312-38 ; code de la sécurité intérieure, article L613-2 ; CNAPS, démarches d’autorisation des entreprises de sécurité privée. Article mis à jour le 23 août 2026.