Les informations personnelles à ne pas inclure dans son CV ou sa lettre de motivation

Résumer cet article avec :
Lettre de motivation & CV

Sur les CV qu’on me fait relire, les mêmes lignes reviennent en haut de page : date de naissance, situation de famille, nombre d’enfants, permis B. Beaucoup de candidats les recopient depuis leur tout premier CV, celui du stage de troisième. Aucune de ces informations n’est obligatoire, et certaines vous exposent sans rien vous rapporter.

Réponse directe : aucun texte n’impose de faire figurer un état civil complet sur un CV. Seul un moyen de vous joindre est réellement nécessaire. Tout le reste se juge à une question unique : cette information sert-elle à établir votre capacité à occuper ce poste précis ? Si la réponse est non, elle occupe une place utile et peut se retourner contre vous.

En bref

  • L’article L1221-6 du Code du travail limite les informations demandées à celles qui apprécient la capacité à occuper l’emploi.
  • Date de naissance, situation de famille, nationalité et convictions renvoient à des critères protégés par l’article L1132-1 : les écrire revient à les fournir sans y être tenu.
  • Certaines informations doivent au contraire rester : la ville, les dates de poste, l’intitulé exact des diplômes.
  • Le CV anonyme reste une simple faculté de l’employeur, jamais une obligation générale.

Ce que le droit encadre, et ce qu’il laisse à votre main

Le cadre légal s’adresse à l’employeur, pas au candidat : rien ne vous interdit d’écrire ce que vous voulez sur votre CV. Mais connaître ce cadre change la façon de le remplir. L’article L1221-6 du Code du travail pose que les informations demandées à un candidat, sous quelque forme que ce soit, ne peuvent avoir d’autre finalité que d’apprécier sa capacité à occuper l’emploi proposé ou ses aptitudes professionnelles, et qu’elles doivent présenter un lien direct et nécessaire avec cet emploi.

En face, l’article L1132-1, dans sa version en vigueur depuis le 1er septembre 2022, énumère les critères sur lesquels aucune décision de recrutement ne peut se fonder : âge, origine, apparence physique, situation de famille, convictions religieuses, activités syndicales, entre autres. La logique pratique en découle. Un recruteur n’a pas le droit de vous départager sur ces critères, mais il ne peut pas oublier ce qu’il a lu. Écrire « mariée, deux enfants » en tête de CV, c’est déposer soi-même sur la table une information dont on est protégé.

Le tri, rubrique par rubrique

Voici l’arbitrage que j’applique en rendez-vous, ligne par ligne, avec la logique qui le justifie. La colonne du milieu est celle qui compte : elle dit à quoi sert vraiment l’information.

Information Ce qu’elle apporte au recruteur Décision
Nom, prénom, téléphone, adresse mail De quoi vous joindre On garde, c’est le seul bloc réellement nécessaire
Date de naissance ou âge Rien sur la compétence, un critère protégé de plus On retire
Adresse postale complète Le numéro de rue n’intéresse personne avant l’embauche On réduit à la ville, utile pour la question du trajet
Situation de famille, nombre d’enfants Rien, sinon des projections sur votre disponibilité On retire
Nationalité Rien, sauf poste soumis à une condition de nationalité ou d’autorisation de travail On retire, sauf mention explicite dans l’offre
Convictions religieuses, politiques, syndicales Rien sur le poste On retire, y compris un mandat syndical présenté comme une expérience
Numéro de sécurité sociale, IBAN, numéro de permis Rien avant l’embauche, et un risque réel pour vous On retire sans discussion
Permis B, véhicule Utile uniquement si le poste suppose des déplacements Ça dépend de l’offre
Loisirs et centres d’intérêt Un point d’accroche s’ils disent quelque chose de transposable Ça dépend : deux lignes précises, ou rien

Le cas de l’adresse : réduire sans effacer

La ville et éventuellement le département méritent de rester. Un recruteur qui ignore complètement où vous vivez se pose la question du trajet quotidien sans pouvoir y répondre, et cette incertitude joue rarement en votre faveur. Ce qui ne sert à rien, c’est le numéro de rue et le nom de résidence : ils n’apportent aucune information professionnelle et circulent ensuite dans des bases que vous ne maîtrisez plus.

Le cas des loisirs : deux lignes ou aucune

Une rubrique loisirs vaut par sa précision. « Lecture, cinéma, voyages » ne dit rien de vous et occupe six centimètres. « Trésorière d’un club de handball de 90 licenciés depuis 2019 » raconte une gestion budgétaire et un engagement dans la durée. Le critère est simple : si la ligne pourrait figurer telle quelle sur le CV de la moitié des candidats, elle sort.

Les oublis qui traînent d’une version à l’autre

Certaines informations ne relèvent pas d’un choix éditorial mais d’une relecture non faite. Je les retrouve régulièrement dans des dossiers par ailleurs très soignés.

  • Une adresse mail fantaisiste créée à l’adolescence, encore utilisée par habitude. Une adresse construite sur prénom et nom coûte cinq minutes à créer.
  • Les coordonnées directes de l’employeur actuel glissées dans les références, alors que votre démarche n’est pas connue de lui.
  • Un nom de fichier du type « CV_v4_final_corrigé ». Il s’affiche dans la boîte de réception avant même l’ouverture du document.
  • Des métadonnées du fichier portant le nom d’un autre candidat, quand le CV a été construit à partir du modèle d’un proche.
Un CV ne se juge pas à ce qu’il contient, mais à ce que chaque ligne fait gagner à la personne qui le lit.

L’erreur inverse : retirer trop

À force d’élaguer, certains candidats suppriment des éléments qui servaient réellement leur dossier. Les dates de début et de fin de chaque poste font partie de ce qu’il faut garder : un parcours sans dates éveille immédiatement le soupçon d’un trou dissimulé, et j’ai vu ce choix coûter plus cher que la période qu’il cherchait à masquer.

Même chose pour l’intitulé exact des diplômes et le nom de l’établissement, souvent remplacés par une formule vague. Et pour la formulation des expériences elles-mêmes, qui perd sa valeur dès qu’elle devient trop générale, un sujet que je traite dans les erreurs de formulation des expériences professionnelles. Retirer une information personnelle ne veut pas dire rendre son parcours flou.

Ce qui se glisse dans la lettre sans qu’on y pense

La lettre de motivation attire un autre type de confidences, parce qu’elle autorise le récit. Trois glissements reviennent souvent : justifier une disponibilité par sa situation familiale, expliquer une interruption par un motif de santé, ou raconter les circonstances personnelles d’un déménagement.

Rien de tout cela n’est interdit, mais rien de tout cela ne sert votre candidature. Une interruption se mentionne par sa durée, pas par sa cause. Une disponibilité s’annonce par une date. Un déménagement se dit en une ligne : « je m’installe à Aix-en-Provence en septembre ». Le reste appartient à votre vie privée, et vous n’avez pas à en négocier l’accès pour obtenir un entretien.

Le CV anonyme n’est pas la solution qu’on croit

Beaucoup de candidats confrontés à des refus en série imaginent envoyer un dossier sans nom ni coordonnées. Ce n’est pas ainsi que le dispositif fonctionne. L’article L1221-7 du Code du travail prévoit que les informations communiquées par le candidat peuvent être examinées dans des conditions préservant son anonymat : c’est une faculté ouverte à l’employeur, mise en œuvre par lui dans son processus, jamais une obligation générale ni une démarche que le candidat déclenche seul.

Ce que vous maîtrisez, en revanche, c’est de ne pas fournir spontanément les critères sur lesquels vous êtes protégé. C’est moins spectaculaire qu’un CV anonyme, et beaucoup plus efficace au quotidien.

Reste la question de la photo

C’est l’élément le plus discuté de tous, et celui où les conseils qui circulent sont les plus discutables.

Les informations à ne pas inclure dans sa photo de CV

Publié le 21 juillet 2022, mis à jour le 13 août 2026. Les exemples cités viennent de ma pratique de cabinet et sont anonymisés. Cet article donne une information générale et ne constitue pas un conseil juridique individualisé.

Sources : Code du travail, art. L1221-6 (finalité des informations demandées au candidat), art. L1221-7 (examen anonyme, faculté de l’employeur) et art. L1132-1 (critères de discrimination, version en vigueur depuis le 1er septembre 2022).

Suivez-moi sur Facebook