Ce billet traînait sur le blog avec des chiffres d’il y a dix ans et une phrase qui me gênait : la France y était présentée comme « au-dessus de la moyenne européenne », et c’était donné comme une bonne nouvelle. Sur cet indicateur, être au-dessus de la moyenne signifie faire moins bien que ses voisins. Reprise complète.
Le classement européen, mis à jour
Les pays cités dans l’ancienne version restent de bons repères, mais aucun de leurs chiffres n’a tenu. Voici où ils en sont sur l’année 2024, dernière disponible dans la base Eurostat.
| Pays | Écart 2024 | Ancienne version de ce billet |
|---|---|---|
| Luxembourg | −0,8 % | non cité |
| Belgique | 0,7 % | 9,8 % |
| Pologne | 4,0 % | 6,4 % |
| Slovénie | 8,0 % | 3 % |
| Moyenne UE à 27 | 11,1 % | 16,4 % |
| Islande | 11,1 % | 20,5 % |
| France | 11,8 % | 15,2 % |
| Allemagne | 15,6 % | 21,6 % |
| Autriche | 17,6 % | 23 % |
| Tchéquie | 18,5 % | 22,1 % |
| Estonie | 18,8 % | 29,9 % |
En bref
- La moyenne européenne est passée de 15,7 % en 2014 à 11,1 % en 2024 : le mouvement est réel, mais lent.
- La France, à 11,8 %, se situe légèrement au-dessus de cette moyenne, donc légèrement moins bien.
- Le Luxembourg est le seul pays de l’Union où l’indicateur est négatif, avec des femmes payées en moyenne un peu plus que les hommes à l’heure.
- L’Estonie reste en tête du classement, mais avec la plus forte baisse de la décennie, soit 9,3 points de moins qu’en 2014.
Pourquoi la France n’a pas le même chiffre selon la source
Deux chiffres circulent en permanence sur le sujet et se contredisent en apparence : 11,8 % chez Eurostat, 14,0 % chez l’Insee. Ils ne mesurent pas la même chose.
Eurostat compare le salaire horaire brut de l’ensemble des salariés des entreprises de dix personnes et plus, sans tenir compte du métier, de l’âge ni du niveau de poste. L’Insee, dans son Focus n° 377 du 26 février 2026, mesure le salaire en équivalent temps plein dans le secteur privé français, ce qui neutralise la durée travaillée et fait ressortir un écart de 14,0 %. Sur le revenu salarial annuel, temps partiel inclus, la même publication monte à 21,8 %.
Aucun de ces chiffres n’est faux. Ils répondent à trois questions différentes, et c’est en les lisant ensemble qu’on comprend d’où vient l’écart plutôt que de se disputer sur une décimale.

Les inégalités de salaires sont la cible des syndicats
Ce qui bouge vraiment en ce moment
Le sujet a quitté le terrain du militantisme pour celui de l’obligation chiffrée, et c’est le vrai changement de ces dernières années.
La directive européenne sur la transparence salariale
La directive (UE) 2023/970 du 10 mai 2023 devait être transposée par les États membres au plus tard le 7 juin 2026. La France n’a pas tenu ce délai : le projet de loi de transposition a été soumis au Conseil d’État et son examen parlementaire a été engagé pendant l’été 2026. Une fois en vigueur, le texte imposera d’indiquer la rémunération ou sa fourchette dans l’offre ou avant le premier entretien, et interdira de demander à un candidat son historique de rémunération.
L’Index d’égalité professionnelle, déjà en place
En France, les entreprises d’au moins 50 salariés publient chaque année leur Index au 1er mars. Au 1er mars 2026, la note moyenne nationale atteint 88,5 sur 100 et 83,5 % des entreprises concernées, soit 29 863 structures, avaient publié leur résultat, contre 80 % l’année précédente. L’indicateur qui résiste le plus reste celui du retour de congé maternité.
Ce que ça change pour vous, concrètement
Un écart moyen national ne dit rien de votre situation. En revanche, il vous donne deux outils très concrets. Le premier : l’Index de l’entreprise que vous visez est public, consultable avant de postuler. Le second : dans une entreprise dont l’Index passe sous 75 points, un plan de rattrapage salarial doit être négocié, ce qui ouvre une fenêtre réelle pour poser la question de sa propre rémunération.
C’est l’usage que je conseille en rendez-vous. Pas comme un argument moral, mais comme une donnée vérifiable qu’on pose sur la table au moment où on parle chiffres. A lire aussi dans notre dossier spécial inégalité salariale !
Pourquoi le Luxembourg est-il en négatif ?
Parce que l’indicateur n’est pas corrigé de la structure de l’emploi. Un pays dont l’emploi féminin est très concentré sur des secteurs bien rémunérés peut afficher un écart nul ou négatif sans que l’égalité soit atteinte poste par poste.
L’écart se réduit-il vraiment ?
Oui, sur longue période. La moyenne européenne a perdu environ cinq points depuis 2011 et l’écart en équivalent temps plein en France est passé de 22,1 % en 1995 à 14,0 % en 2024, selon l’Insee. Au rythme observé, la convergence se compte encore en décennies.
Vous préparez un changement de poste ?
Comprendre d’où vient l’écart aide surtout à savoir sur quoi négocier : le niveau de responsabilité réel, pas la moyenne nationale.
Publié à l’origine sur arcadeweb.fr, mis à jour le 18 août 2026. Information générale, sans valeur de conseil juridique individuel.
Sources : Eurostat, jeu de données sdg_05_20, écart de rémunération non ajusté entre femmes et hommes, année 2024, mise à jour du 26 février 2026 ; Insee Focus n° 377 du 26 février 2026 ; directive (UE) 2023/970 du 10 mai 2023 ; ministère du Travail, résultats de l’Index de l’égalité professionnelle au 1er mars 2026.
Sujets complémentaires à traiter séparément : les effets attendus de la transparence salariale sur les offres d’emploi françaises, et la lecture d’un Index d’égalité professionnelle indicateur par indicateur.