Depuis la loi du 24 octobre 2025, le seul rendez-vous obligatoire consacré à votre parcours professionnel n’a plus lieu tous les deux ans, mais tous les quatre. Cette ligne passée inaperçue explique une bonne partie des carrières qui s’immobilisent, et elle n’est pas la seule raison en cause.
En bref
- L’entretien professionnel est devenu l’entretien de parcours professionnel : tous les 4 ans au lieu de 2, avec un état des lieux tous les 8 ans.
- Cet entretien ne porte pas sur l’évaluation de votre travail : le confondre avec l’entretien annuel fait perdre le seul créneau utile.
- Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, le défaut d’entretien ouvre droit à un abondement de 3 000 € sur le compte personnel de formation.
- Refuser une promotion pour préserver sa vie personnelle est un choix légitime, à condition de le dire.
Première raison : votre parcours n’existe nulle part par écrit
Une évolution se décide sur des éléments écrits, pas sur une impression de couloir. Quand personne n’a formalisé vos compétences, vos besoins de formation et vos souhaits d’évolution, votre candidature interne part avec un handicap que ni l’ancienneté ni la bonne volonté ne compensent.
Le rendez-vous prévu pour ça vient de s’espacer
La loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 a remplacé l’entretien professionnel par l’entretien de parcours professionnel, à l’article L6315-1 du Code du travail. Sa périodicité passe de deux à quatre ans, à compter du dernier entretien réalisé, avec un premier entretien dans l’année qui suit l’embauche et un état des lieux récapitulatif tous les huit ans. Les entreprises couvertes par un accord collectif sur le sujet ont jusqu’au 1er octobre 2026 pour se mettre en conformité.
S’y ajoutent deux rendez-vous spécifiques, souvent ignorés : l’un dans les deux mois qui suivent la visite médicale de mi-carrière, l’autre dans les deux années précédant le soixantième anniversaire du salarié.
Concrètement, un salarié qui n’avait rien préparé perdait autrefois deux ans. Aujourd’hui, il en perd quatre. La conclusion pratique est simple : ce rendez-vous ne se subit plus, il se demande et il se prépare.
La confusion qui gâche l’entretien
Beaucoup de salariés arrivent à cet entretien avec leurs résultats de l’année et repartent sans avoir rien obtenu. La raison tient en une phrase du droit : l’entretien de parcours professionnel ne porte pas sur l’évaluation du travail. Cette évaluation relève de l’entretien annuel, qui est un autre exercice, avec un autre interlocuteur possible et d’autres enjeux.
| Entretien annuel d’évaluation | Entretien de parcours professionnel | |
|---|---|---|
| Objet | Le travail accompli, les objectifs atteints | Les compétences, le parcours, les besoins de formation, les souhaits d’évolution |
| Caractère | Pratique d’entreprise, non imposée par la loi | Obligatoire, article L6315-1 du Code du travail |
| Ce qu’on y apporte | Des réalisations et des chiffres | Une demande précise : quel poste, quelle formation, à quelle échéance |
Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, le défaut d’entretien n’est d’ailleurs pas sans conséquence pour l’employeur : il déclenche un abondement de 3 000 € sur le compte personnel de formation du salarié. En dessous de ce seuil, le manquement se règle sur le terrain des dommages et intérêts. Le savoir change la tonalité de la demande qu’on formule.
Seconde raison : vous avez arbitré en faveur d’autre chose, sans le dire
Toutes les carrières immobiles ne sont pas des carrières empêchées. Une part importante des personnes que je reçois n’a en réalité pas voulu de l’évolution qu’on lui proposait, et il n’y a là rien à corriger. Le problème n’est pas l’arbitrage, il est dans le fait qu’il reste muet.
Refuser est un choix, pas un défaut
Refuser une mobilité géographique, des horaires élargis ou des responsabilités qui débordent sur les soirées relève d’un choix parfaitement défendable. J’ai accompagné des personnes qui ont décliné deux promotions successives et qui l’ont vécu très bien, une fois posé que c’était une décision et non une occasion manquée.
La même logique vaut pour les désaccords de valeurs. Quelqu’un qui refuse certaines pratiques commerciales ou une manière de traiter les équipes se ferme des portes, en connaissance de cause. C’est un arbitrage, avec un coût assumé, pas une fatalité.
Ce que produit le silence
Un refus non expliqué se lit de l’extérieur comme un désintérêt général. Au troisième refus, on cesse de vous proposer quoi que ce soit, y compris les postes qui vous auraient convenu. J’ai vu des salariés découvrir des années plus tard qu’ils avaient été écartés d’une liste dont ils ignoraient l’existence.
Le correctif tient en une formulation, à placer précisément lors de l’entretien de parcours : dire ce qu’on ne veut pas, puis dire ce qu’on veut à la place. « Je ne suis pas disponible pour un poste impliquant des déplacements hebdomadaires, en revanche je souhaite prendre la responsabilité technique du périmètre actuel. » Cette phrase remet votre nom sur la liste, sur vos conditions.
Ce que ces deux raisons ne recouvrent pas
Il existe des situations où l’immobilité n’est ni un défaut de formalisation ni un arbitrage personnel : une structure sans niveau intermédiaire, un service en sous-effectif chronique, ou une discrimination, interdite par l’article L1132-1 du Code du travail. Ces cas relèvent d’autres démarches, y compris juridiques, et non d’un travail sur soi.
La question à trancher devient alors franche : ce plafond tient-il à votre poste, ou à l’entreprise elle-même ? Si la réponse est la seconde, l’évolution passera par un départ, et il vaut mieux le préparer que le subir. J’ai décrit ailleurs les premiers pas d’une reconversion réussie, dans l’ordre où ils se posent.
Reprenons simplement. Si votre parcours n’est écrit nulle part, la prochaine échéance utile est votre entretien de parcours professionnel, et vous pouvez le demander sans attendre les quatre ans. Si vous avez arbitré autre chose, dites-le, avec la contrepartie que vous souhaitez en échange. Dans les deux cas, l’initiative vous appartient.
« J’ai simplement manqué de chance »
C’est l’explication la plus fréquente, et la plus trompeuse, dans les carrières comme dans les reconversions. Voici ce qu’elle recouvre réellement.
Mis à jour le 20 août 2026. Sources : loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 ; Code du travail, article L6315-1 ; service-public.gouv.fr, « L’entretien de parcours professionnel », consulté le 20 août 2026. Cet article présente une information générale et ne remplace pas un conseil juridique individualisé.
